Ce texte n'engage que son auteur et pas "décroissance idf".

J’ai lu avec un grand intérêt l’article de Madame Leonora Miano : « Si la France change de visage, c’est le fait de l’aventure coloniale », dans la livraison du 6 nov 2019.

Tout d’abord, je tiens à souligner que comme Madame Miano je considère le colonialisme comme une très mauvaise chose, mais une fois qu’on l’a condamné il faut reconnaitre qu’il n’a pas pris la même forme selon les pays coloniaux.
La France se distingue des autres pays colonialistes comme le Royaume-Uni, l’Espagne ou le Portugal par l’absence de colonialisme de peuplement. Il y a bien eu l’Algérie, mais tous les européens qui s’y trouvaient ou quasiment, ont quitté ce pays une fois l’indépendance salvatrice acquise.
Le fait colonial en France, fut surtout une aventure politique et militaire qui n’a impliqué que très peu de Français.
La France rappelons le, est le seul pays de la façade atlantique n’ayant produit aucun pays indépendant où les gens ont le français pour langue maternelle, alors qu’elle était le pays le plus peuplé d’Europe sous Louis 14 quand l’aventure coloniale a vraiment commencé en Amérique. L’Espagne a produit les 21 pays d’Amérique latine, le Portugal a généré le Brésil, et le Royaume-Uni 2 pays en Amérique du Nord, plus l’Australie, la Nouvelle Zélande, etc…
De plus, la France - pendant la Régence - a connu des émeutes populaires visant à empêcher l’envoi des vagabonds, pauvres etc…aux colonies et en particulier en Louisiane, suite à la loi de 1717.
Enfin, n’oublions jamais que des Français ont aussi été colonisés, je pense aux Canadiens français, parfois même victimes de génocide comme en Acadie, et humiliés dans le reste du Canada, obligés d’émigrer aux Etats-Unis pour trouver un travail à cause de la politique coloniale britannique.

Ceci étant dit, je ne fais pas partie des Français ayant peur du « grand remplacement », je sais que 25 à 33 % de mes compatriotes ont un grand père qui fut étranger et je trouve cela très bien. Depuis la nuit des temps nous sommes habitués à voir venir des gens de partout (ce n’est pas dû uniquement au colonialisme) et ce rythme s’est accéléré quand la France est devenu le premier pays au monde à contrôler sa natalité et à la réduire quand tous les autres pays européens envoyaient leurs populations aux Amériques….
En fait, ce que je demande aux immigrants c’est de contribuer à l’ÉMANCIPATION, c’est à dire à ce mouvement qui ne fut pas propre à l’Europe contrairement à ce qu’on a pu dire, mais qui affirme que les lois viennent des hommes et pas de Dieu et qu’il faut se battre pour la démocratie la plus directe possible, et l’égalité entre les hommes et les femmes. Tant que les immigrants d’où qu’ils viennent contribuent à enrichir ce mouvement d’émancipation alors je les accueille les bras grand ouverts (dans la mesure des capacités matérielles permettant de le faire, capacités qui sont amenées à se réduire si la France arrête de dépendre des pays du Sud et relocalise comme nous le verrons plus loin). Par contre je me demande si l’explosion démographique actuellement en vigueur dans l’Afrique sub-saharienne est vraiment un signe d’émancipation et d’égalité homme-femme ? Est-il acceptable -d’abord pour les Nigériens- qu’un pays comme le Niger, un désert, risque d’avoir en 2050, 66 millions d’habitants, car les femmes ont en moyenne entre 7 et 8 enfants ? Peut on imaginer que les gens remettent leur destin dans les mains d’un Dieu -qui n’existe pas dans les lois françaises-, et ne luttent pas plutôt pour une démographie responsable, ce qui leur éviterait une émigration forcée ?

Est-ce qu’il n’y a pas de questions plus importantes que le « changement de physionomie » de la France hexagonale ? Notamment et Mme Miano a raison, s’il s’agit de mettre un « point final » au colonialisme français en Afrique, ne serait-il pas temps de penser en France à relocaliser, à moins dépendre de l’Afrique ? Alors, si nous devons compter sur nos propres ressources, se posera la question de la surpopulation avec 70 millions d’habitants, bref, de la quantité plutôt que de la couleur. Est-ce que la question écologique, l’effondrement qui vient, l’Anthropocène, le fait qu’une croissance infinie dans une terre limitée n’est pas possible ne sont pas des questions plus importantes qui devraient aussi être prises en considération au lieu de faire l’objet d’un déni que ce soit ici ou là-bas ?

Jean-Luc Pasquinet