« à la rencontre des premières nations des territoires du nord-ouest canadien. »

Pour les peuples autochtones du Canada, l’influence du jugement occidental précède celle des pensionnats… « On doit se convaincre que notre façon de prier, notre façon de parler, notre façon de faire les choses, oui, ces choses là étaient ce qu’il y a de mieux pour nous. Je pense qu’on doit avant tout se convaincre qu’on n’est pas inférieurs »….On trouve ces mots vers la fin de cette bande dessinée (p.258), mais ils résument bien la problématique.
Joe Sacco nous montre comment on a détruit un peuple, une culture, celle des Dénés ravagée par l’alcoolisme, des taux de suicides 5 fois plus élevés que ceux du Canada, (et sept fois pour les Inuits), des violences intra conjugales inouies (alors qu’autrefois régnait l’harmonie au sein des communautés), etc…
En cause, le colonialisme, la société industrielle qui considère la nature uniquement comme pourvoyeuse de ressources sans limites. Mais voilà, sur leur chemin les occidentaux ont trouvé les premières Nations. Pour parvenir à leur fin, les Anglais ont enlevé durant 150 ans, près de 150 000 enfants aux familles Dénés (terme juste pour désigné les communautés indiennes des Territoires du Nord-Ouest, mais je l’ai aussi entendu utilisé pour désigner tous les Indiens d’Amérique du Nord) pour les envoyer dans des pensionnats afin de leur apprendre l’anglais et leur faire oublier leur langue et culture d’origine.

A retenir aussi :
1) une occasion de voir succintement comment s'est déroulée la conquète des derniers territoires "vierges" (vision colonialiste) du Canada, après l'arrivée des Anglais à Vancouver en 1787, le traité de 1818 sur la frontière au 49ème parallèle, les traités 8 et 11 avec les Dénés, les accords et désaccords de 1990, etc....Le Territoire du Nord-Ouest (avec ses 45 000 Dénés) et l’Inunavuk (territoire des Inuits) sont finalement des réserves plus dépendantes que le Québec pourrait on dire….mais il s’agit de Nations différentes de la « Nation » anglophone….
 
2) on est étonné du rôle joué par l'église catholique et en particulier des bonnes soeurs québécoises dans le rôle de "Kapo" pour assimiler les 150 000 enfants Dene enlevés à leur famille, comme si les moins opprimés essayaient d'effacer leur oppression en en opprimant d'autres plus opprimés...et en leur enseignant un anglais approximatif...Inversement il y eu aussi des curés sympathiques…qui ont appris les langues Dénés.

3) finalement j'ai trouvé un point commun avec les Déné, c'est la perte de notre culture paysanne à cause des "Trente glorieuses". Il y avait 45 % de paysans en 1945, pas de nucléaire, peu de pesticides, les pièces des maisons n'étaient pas toutes chauffées, il n'y avait pas de douches, pas de TV et peu de gens avaient des automobiles. Tout cela a été balayé par les "Trente piteuses". Il est vrai que le niveau d'acculturation n'atteint pas encore le niveau des Dénés, nous avons au moins pu conserver notre langue (du moins pour l’instant…), mais avec la mondialisation et la numérisation, comme pour les Québécois, l’acculturation s’accélère….
 
4) j'ai repensé au revenu d'existence et à ses ravages possibles en voyant ceux faits par les allocations gouvernementales allouées aux Dénés. Impressionné par l'acculturation : perte de la langue, suicides, alcoolisme, violence intra conjugale...un désastre que le colonialisme....et le revenu d'existence en l'occurence...

5) j’ai aussi constaté la différence entre les indiens des zones considérés "habitables" par les occidentaux (jusqu'au 60ème degré nord je crois ou un peu en dessous) qui se faisaient la guerre en permanence (ce qui permettait inversement d'empécher l'émergence d'un Etat fort : voir Pierre Clastres "La société contre l'Etat") et les indiens Déné du TNO et les inuits en zones « inhabitables » où les relations inter communautaires semblaient plus pacifiques, plus harmonieuses....

 

JLuc Pasquinet