Les dernières élections au Québec ont permis de constater le reflux de l’idée indépendantiste.

Pour la première fois depuis trente ans le débat entre le PLQ collaborationniste des assimilationnistes anglais et le PQ croissanciste et autonomiste a été remplacé par le débat entre un CAQ populiste et pour une immigration contrôlée et un QS ressemblant fort au parti LFI en France.

Au premier coup d’oeil on a envie de dire que le Québec ne fait que suivre (en plus modéré, car il s’agit d’un peuple extrèmement civilisé et modéré, plus proche des Scandinaves que des Français sur ce plan) le mouvement international de montée de la droite populiste face à un difficile retour d’une gauche « anticapitaliste » qui se cherche.

Le Québec a la chance de se trouver loin des zones chaotiques de ce monde, où se multiplient les réfugiés de toutes sortes (25 millions), par contre il a le malheur d’être noyé dans un océan anglo-saxon peuplé de 355 millions de locuteurs anglophones et toute son histoire c’est de ne pas être assimilé ou d’en retarder l’échéance…afin de la rendre la moins douloureuse possible….?

Mais voilà, comment s’y prendre dans un monde dominé par la mondialisation ou la notion d’indépendance n’a plus beaucoup de sens ?

Aujourd’hui tous les pays du monde sont enserrés dans un réseau de traités internationaux, membres d’organismes internationaux avec des règles qui s’imposent -presque -d’elle-mêmes (avec un coup de pouce des Chinois et des USA, et surtout de leurs multinationales il est vrai !). La notion d’indépendance a beaucoup évolué au point de se demander quel est le sens d’être indépendant aujourd’hui ?

Il est possible que cette question ne se posat pas de la même façon pour les Québécois. Abandonnés par la France des Bourbons (incapables notoires qui seront sanctionnés par la Révolution de 1789) en 1763 contre un plat de lentilles sucrées (la Guadeloupe et la Martinique), ce qui fait de la France le seul pays de la façade atlantique n’ayant pas généré de pays indépendant en Amérique (à la différence du Portugal, de l’Espagne et de l’Angleterre), les 60 000 Français du Canada ont du faire face dès le début à la pression de 1,2 millions d’Anglo-Saxons. Ils étaient un contre 20, aujourd’hui ils sont à un contre 50 ! mais toujours là debout, accueillant (plus de 50 000 immigrés dont la moitié non francophones en 2017 !), le sourire au bec ! Pour eux il s'agit d'une question urgente et quotidienne.

Bon, il n’est pas question de faire l’apologie du colonialisme sur ce site, même après avoir précisé que les colons Français ont été obligés de pactiser avec les Améridiens (et les Amériendiennes surtout !) beaucoup plus que les Anglais (à cause du refus des Français d’émigrer aux colonies, à part l’Algérie la France n’a pas eu de colonies de peuplement), le colonialisme c’est pas bon du tout ! Cependant, les Français n’ont pas été que colons dans cette affaire, car le terme de 200 ans de colonialisme français au Canada a été d’être… colonisés par les Anglais. En Acadie, le régime fut sévère puisqu’à partir de 1755 il y eu même un génocide appelé « le Grand Dérangement » perpétré par l’horrible Moncton. Il faut croire que les Canadiens français ne sont pas rancuniers, puisqu’une rue porte son nom à Québec, et qu’aucun mouvement pour baptiser la  plus grande ville du Nouveau-Brunswick (Acadie) de « Moncton » en « Le Coude » qui était le nom d’origine n’existe chez les Acadiens…. Cependant, même si la lutte des Québécois était à l’origine une lutte contre le colonialisme, les Anglais ont évolué, le Québec a acquis les mêmes droits que les autres Canadiens, et si les deux référendums sur l’indépendance furent un échec, c’est avant tout à cause des Québécois, et finalement ils se retrouvent avec les mêmes problèmes que les autres peuples du monde, l'urgence en plus.

Quels sont ces problèmes ? Comme nous le dénonçons sur ce site et pour aller très vite, il s’agit des dégats du Progrès, de la croissance, du productivisme, de la domestication du monde et surtout de la fin de la biodiversité. Il s’agit aussi du chaos général avec 25 millions de réfugiés, de la perte de sens et d’enracinement, etc…tout cela est bien connu, j’aimerais juste m’apesentir un peu sur la biodiversité.

Pour nous il ne s’agit pas seulement des animaux, mais aussi des langues….et je pense que vous voyez où je veux en venir ! Il n’est pas bon que sur 7000 langues il n’y en ait bientôt plus que quelques centaines de parlées dans le monde, il n’est pas bon que le français disparaisse d’Amérique du nord, voire d’Europe. Même si l’Etat français a largement contribué à cette disparition (à ce sujet nulle volonté de donner des leçons à nos amis anglais, nous ne valons pas mieux qu’eux) en France, je pense aux langues basque, breton, flamand, corse, occitan, etc…Et ce n’est bon ni pour les Anglais dans le monde, ni pour les Français en France. On s’en aperçoit d’autant plus que même en France le français est en péril, envahi par des termes incompréhensibles pour les gens nés avant les années 1980, du « franglais » comme ils disent….

A la différence des Français est-ce que les Québécois vont réagir contre la domestication et la disparition du sauvage, de leur langue, c’est à dire de l’autre, de tout ce qui n’est pas anglais, utilitariste, productiviste, économiste, mondialisé ?

Allons-nous assister à la naissance d’un mouvement pour la RELOCALISATION et à la création de BIOREGIONS au Québec, au Canada allant au-delà du débat indépendantiste et qui incluerait non seulement des solutions à tous les problèmes légués par le productivisme, mais aussi pour la survie des langues amérindiennes, et du français : telle est la question et sur ce sujet il est indéniable que ce ne sont pas les Français, mais nos amis Québécois (et Canadiens anglais finalement) qui sont à l’avant-garde et qui ont la réponse !

 

Jean-Luc Pasquinet