Par Stéphane Lhomme
Directeur de l'Observatoire du nucléaire


A l'approche de la COP 21, le Sommet mondial sur le climat qui aura lieu en décembre prochain à Paris, le gouvernement français intensifie sa croisade en faveur de la voiture électrique, probablement parce qu'il s'agit là de la seule action permettant de faire croire que le pays hôte se préoccupe du climat.

Or, contrairement à ce que croient la plupart des gens, soumis il est vrai à une continuelle propagande de la part du personnel politique et des industriels, la voiture électrique n'est pas plus vertueuse pour le climat que la voiture thermique (essence ou diesel).

Il suffit pour s'en persuader de se reporter à une étude (*) publiée par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), un organisme pourtant parfaitement public… mais dont les conclusions sont délibérément ignorées par le gouvernement et, en particulier, par la ministre de l'écologie Mme Royal.

Voici la donnée la plus cruciale révélée par cette étude : la fabrication des batteries est tellement émettrice de co2 qu'il faut avoir parcouru de 50 000 à 100 000 km en voiture électrique pour commencer à être moins producteur de co2 que si l'on roulait en voiture thermique. C'est-à-dire de 15 à 30 km par jour, 365 jours par an, pendant 10 ans !

Sachant que les voitures électriques servent essentiellement pour des trajets courts, il est probable qu'un propriétaire de voiture électrique n'atteindra jamais, ou à peine, le kilométrage nécessaire pour s'estimer plus "vertueux" qu'avec une voiture thermique.

Mais il y a encore pire : ce que l'étude de l'Ademe oublie de pointer, c'est que le co2 dont est coupable la voiture électrique est envoyé totalement dans l'atmosphère avant même que ne soit parcouru le moindre kilomètre, ce qui démultiplie son impact, alors que le propriétaire de voiture thermique va émettre son co2 peu à peu au fil des 10 années considérées.

Par ailleurs, même si cela ne concerne pas directement le climat, il est partout prétendu que la voiture électrique n'émet pas ces fameuses particules fines si nocives pour la santé. Mais, là aussi, les idées reçues se fracassent sur le réel : comme le signale le magazine Science et Vie (janvier 2015), "Les pneus, les freins et l’usure des routes émettent presque autant de microparticules que le diesel" (**).

La voiture électrique émet certes moins de ces particules que la voiture thermique puisqu'elle ne dispose pas d'un pot d'échappement, mais elle possède bien des freins, des pneus, et elle roule elle aussi sur le goudron de la chaussée !

Au final, il apparaît clairement que la voiture électrique n'est pas plus "écologique" que la voiture thermique. Il en découle incontestablement que l'argent public consacré par le pouvoir politique au développement de la voiture électrique est totalement injustifié. Or, malheureusement, il s'agit de sommes astronomiques :

- le gouvernement français a d'ores et déjà lancé un plan d'installation de 7 millions de bornes de rechargement pour voitures électrique, à 10 000 euros l'une, ce qui correspond environ à un coût insensé de… 70 milliards d'euros. Il est d'ailleurs poignant de voir les élus de petites communes, croyant faire un geste pour l'environnement, casser la tirelire municipale pour s'offrir une borne de rechargement. 

- le bonus prétendu "écologique" pour susciter l'achat d'une voiture électrique dépasse 10 000 euros par véhicule, le bonus d'Etat étant souvent complété par une prime de la Région. Le plus choquant est que la quasi-totalité des acheteurs sont des ménages aisés : une fois de plus, l'argent de tous est offert aux plus privilégiés.

Alors, pourquoi les dirigeants politiques se font-ils les VRP de la voiture électrique et pourquoi gaspillent-ils massivement l'argent public dans cette voie de garage ? Nous l'avons vu, c'est assurément pour pouvoir faire croire, avant la COP21, qu'ils agissent par au moins un biais.

Tout aussi certainement, c'est parce que nous sommes au pays de l'atome et que tous les moyens sont bons pour tenter de booster la consommation d'électricité, en baisse continue depuis plusieurs années. La voiture électrique en France peut d'ailleurs être considérée comme une "voiture nucléaire" dans la mesure où la quasi-totalité des bornes de rechargement installées sont branchées sur le réseau électrique ordinaire, alimenté à 80% par les centrales nucléaires.

Il convient d'ailleurs de ne pas se laisser abuser par les certificats mis en avant par M. Bolloré et ses Autolib (Paris), Bluecub (Bordeaux) et Bluely (Lyon), assurant qu'elles sont rechargées aux énergies renouvelables : il ne s'agit là que de jeux d'écriture, l'électricité utilisée est exactement la même, à 80% nucléaire.

La voiture électrique française n'est donc pas seulement émettrice de co2 et de particules fines, elle n'est pas seulement coupable des ravages causés par l'extraction du lithium et du graphite contenus dans ses batteries, elle est aussi co-responsable de toutes les tares de l'atome : risques de catastrophe, production de déchets radioactifs, pillage et contamination du Niger par les mines d'uranium exploitées par Areva, etc.

En conclusion, nous affirmons haut et fort que nous ne faisons pas ici la promotion de la voiture thermique, qui est elle-même une calamité environnementale. Mais, justement, personne n'aurait l'idée d'offrir 10 000 euros à un acheteur de voiture essence ou diesel, de lui réserver des places de stationnement, de lui remplir son réservoir gratuitement ou à tarif privilégié pendant qu'il est au cinéma ou au restaurant, etc.

C'est pourtant ce qui est fait en faveur des possesseurs de voitures électriques ce qui, nous l'avons montré, est totalement injustifié sur le plan de la protection de l'environnement et sur celui de la santé publique, et ce qui est totalement injuste socialement.


Stéphane Lhomme
Directeur de l'Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org

(*) Dépêche AFP, 4 décembre 2013 : http://bit.ly/1PkBJ1M

(**) Science et Vie, 23 janvier 2015 : http://bit.ly/1AiCXFX