Compte rendu de lecture      


 Nathalie Gontard et d'Hélène Seignier, Plastique: le grand emballement,        


Le  vocabulaire politique peut être parfois utile pour faire comprendre des notions souvent utilisées à sens unique; cela est le cas du terme totalitaire qui ne concernait à l'origine que les régimes politiques modernes portant atteinte aux libertés dans tous les domaines de la société, qu'ils soient de droite ou de gauche. Cette invention datant de l'entre deux guerre s'avérait d'autant plus pertinente qu'elle concernait à la fois le communisme que le fascisme qui venaient de naître suite à la première guerre mondiale dont la nature industrielle avait alors frappée l'opinion par le nombre de ses victimes et l'usage massif des techniques destinées à accroitre l'efficacité des moyens militaires dans tous les camps. De là sont nées des innovations  comme les pesticides et les engrais chimiques dont on connait les conséquences écologiques et sanitaires dévastatrices  et qui  malgré cela se sont étendues à tous les secteurs de l'économie. Autrement dit, la notion de totalitarisme est un enfant de la guerre totale inventée par le général Ludendorf pour s'étendre aux temps de paix. De ce point de vue, on peut dire que le totalitarisme peut être présenté comme le paroxisme du pouvoir politique mais qui peut prendre des formes nouvelles dans le domaine social comme économique.

 La lecture de l'ouvrage de Nathalie Gontard et d'Hélène Seignier, Plastique: le grand emballement, malgré son déficit de réflexion politique, illustre  très bien l'émergence de ce phénomène dans ce dernier domaine à travers celui de la consommation qui a fini par s'étendre à la terre entière et qui justifie l'usage d'une terminologie jadis réservée à la politique. On peut alors parler d'une « plastification de notre quotidien ». L'ouvrage de cette chercheuse est passionnant à lire car il témoigne d'une expérience professionnelle remarquable confortée par d'une liberté d'esprit rare dans ce milieu académique mais qui tend aujourd'hui à s'étendre en raison des scandales sanitaires et écologiques qui ponctuent nos modes de productions industriels, contribuant ainsi à délégitimer ces derniers aux yeux du citoyen jadis adorateur du Progrès.
Il faut dire que comme pour toutes les innovations du XXième siècle, le succès économique du plastique s'explique par la commodité de ce produit dérivé du pétrole qui avait l'avantage de remplacer les produits traditionnels comme le charbon, le bois et les métaux plus couteux et compliqués à utiliser. Il faut dire qu' il y a aujourd'hui un envahissement de notre environnement quotidien par des objets en plastique depuis le domaine des loisirs jusqu'à celui médical. De là son rôle essentiel dans le phénomène historique de consommation de masse, très tôt si pertinemment analysé dès les années 60 par  Jean Baudrillard1 qui a su situer cette innovation matérielle dans toute sa dimension psychosociologique. De là, la croissance de l'industrie pétrochimique mondiale qui met actuellement en échec les politiques d'abandon des énergies fossiles prônées par le GIEC, une prétention expliquant  cet échec révélateur du à l' addiction des sociétés industrielles à un certain type de confort moderne. L'auteur de ce petit livre décrit très bien comment cette innovation d'après guerre a pu conduire à ignorer les premières alertes sanitaires et écologiques dues à l'explosion de la production de plastiques dans le monde. Le spectacle des premières bouteilles de plastiques échouées sur nos plages étaient là pour le prouver!!
Par contre cet ouvrage n'a visiblement pas eu l'ambition d'entamer un réflexion allant au delà des constats scientifiques relatifs aux multiples formes de pollution de l'air et de l'eau par les plastiques dans le monde, ce qui est vraiment dommage étant donné l'intérêt des questions soulevées par le travail scientifique fourni qui est à la fois impressionnant et bien sûr inquiétant. Un autre dossier équivalent est celui des produits agrochimiques également issus d'une économique fondée sur notre dépendance au pétrole qui ont les mêmes conséquences politiques.
Parmi ces constats intéressants il y a ceux de la décomposition de tous les produits plastiques et plastifiés en micro plastiques causant des dommages à la faune sauvage et rendant impossible toute forme de recyclage indispensable à  l'économie circulaire rêvée par les tenants de la croissance verte. D'une manière générale, les observations faites par cette chercheuse sont aussi passionnantes dans la mesure où sont passés en revue les efforts jamais aboutis des laboratoires destinés à trouver des solutions techniques  dont les effets seraient comparables à ceux obtenus avec les déchets organiques traditionnels. Sans compter que l'on a encore rien vu en raison de l'effet cocktail pouvant à terme survenir avec d'autres polluants diffusés également massivement dans notre environnement 2. Ici est posée la grave question des effets à moyens et long terme des risques industriels majeurs sur la santé humaine qui font implicitement référence au principe  de précaution inscrit en 1986 au préambule de notre constitution, jamais mis en œuvre sur des dossiers comportant une vraie dimension politique. Le dossier du plastique est particulièrement intéressant dans la mesure où il démontre bien combien une innovation industrielle déjà ancienne peut avoir des conséquences irréversibles pour le futur. Il y a là une logique un peu effrayante de la croissance industrielle fondée sur la création de situations rendues irréversibles, c'est à dire rendant impossible toute forme d'alternatives. C'est pourquoi, la question de l'anticipation des effets des innovations devrait être considérée comme une question politique majeure, seulement ébauchée il y a plus de 50 ans par l'institution des études d'impact.
De ce point de vue là, il y a là une carence insondable et inexcusable de la réthorique officielle relative à une vraie politique de transition trop souvent remplacée par celle du simulacre chère Jean Baudrillard, autrement dit celle de la peinture verte pratiquée autant par le monde politique qu'économique.

Simon CHARBONNEAU