Thierry Brugvin(1)

Les différentes COP visent à limiter le réchauffement climatique. La COP 24 s’est tenue en Pologne fin 2018, le COP 23 à Bonn fin 2017, la COP 21 à Paris. Selon l’association Attac, « de sérieuses menaces pèsent désormais sur l’avenir et le contenu des politiques climatiques internationales et sur la possibilité de contenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C ». La COP 21 avait pour objectif d’aboutir à un accord international en décembre 2015, sur la régulation des émissions de CO2, afin de protéger la terre du réchauffement climatique. Pour, l’organisation des Nations unies en charge des changements climatiques (la CCNUCC) et pour les organisateurs de la Cop 21, dont le gouvernement français, « l’Accord de Paris du 12 décembre 2015 était historique ». « Il confirme l’objectif de maintenir le seuil d’augmentation de la température au dessous de 2°C (…). L’accord se fixe même pour la première fois de tendre vers 1,5°C d’augmentation, afin de permettre la sauvegarde des Etats insulaires, les plus menacés par la montée des eaux ».
A l’inverse, l’association Attac estimait déjà en 2015 que « l'accord de Paris entérine entérine des contributions nationales (INDCs) qui conduisent vers un réchauffement supérieur à 3°C », car il ne prend pas « en compte les points de passage en 2020 et 2050 fixés par le GIEC ». De plus, les 100 milliards de dollars, qui était « le plancher de financement fixé initialement est soumis à de nouveaux arbitrages futurs ».
La France qui dirige la COP21 affirmait rechercher un accord contraignant, mais sans sanction ! Dans ce cas, cela se limite à un simple engagement moral ou juridique, rien de plus. Donc, au-delà de la communication, ce que cherchait vraiment à obtenir la France était simplement des engagements précis et non des contraintes et encore moins des sanctions.
Or, c’est surtout le rapport de force qui préside à la rédaction de tels accords, de même que la mise en œuvre des sanctions par un tribunal. Il suffit pour cela d’examiner les accords commerciaux de l’ALENA et les procès contre les Etats qui s’opposent aux intérêts des transnationales des pays les plus riches. Aussi, dans ce cadre de la mondialisation fondée sur les rapports de puissance et en l’absence d’un véritable gouvernement démocratique international, si des sanctions étaient décidées cela nuirait très probablement aux plus pauvres et favoriserait les plus riches et puissants.
De plus, au-delà des accords internationaux sur le climat, l’objectif premier des élites ne vise pas  à sauver la planète et ses habitants, mais à permettre aux plus riches de survivre. Selon le GIEC, l’élévation de la température sur la terre, devrait se situer entre 1,4 °C et si nous consommons la grande majorité des réserves d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) encore présente, la croissance sera de 6°C en 2100. Même si la température mondiale s’élève de trop, cela dévastera écologiquement la planète et entraîne des millions, voire des milliards de morts. Les problèmes écologiques génèrent déjà de nombreux décès prioritairement envers les populations et les pays les plus pauvres. Mais cela s’amplifiera encore avec le déficit de l’eau pour l’irrigation et pour la consommation humaine, avec la diminution des terres arables (agricoles) qui engendrera de la malnutrition, avec les inondations, les ouragans, les migrations, les guerres, etc. Si la température permet toujours de survivre, ce qui est assez probable, même si nous consommons toutes les réserves d’énergies fossiles d’ici la fin du 21e siècle comme c’est prévu, les plus riches estiment qu’ils disposeront néanmoins de la capacité pour assumer le surcoût financier nécessaire à leur survie. Il estime qu’il leur suffira de se payer plus cher leur nourriture, leur énergie et de s’acheter une milice pour se protéger des conflits devenant de plus en plus proches de chez eux. Par conséquent, la majorité des élites semble estimer qu’un accord mondial de régulation d’émission du CO2,  ne leur est pas très utile, surtout si c’est pour limiter leur puissance et leur profit.

Or, la responsabilité du réchauffement climatique revient prioritairement aux pays riches. Face aux besoins croissants en nourriture, on accuse les pays dont la démographie et la croissance augmentent rapidement, comme la Chine, le Brésil, ou l’Inde. Selon le ministère de l’Environnement, en 2008, la Chine émettait 22,3% des émissions de CO2, contre, 19,1% pour les USA, 4,9 pour l’Inde 1,3% pour la France, et 1,2% pour le Brésil. Depuis que la Chine est devenue le plus grand contributeur du réchauffement climatique de la planète, nombreux sont ceux qui l’incitent à diminuer ses émissions, d’autant que cela limiterait la capacité concurrentielle de la Chine, dans la compétition économique internationale. Cependant, si cherche à connaître quel est le pays ayant émis le plus de CO2, depuis le début de l’ère industrielle, c’est la Grande Bretagne qui dispose de la dette écologique principale. Par contre, si nous mesurons cette pollution en fonction des Kg de CO2, par habitant, ce n’est plus la Chine, ni l’Angleterre, qui tiennent la tête, mais les États-Unis, avec 18,4 TEC/hab.
En 2010, alors, que l’empreinte carbone /hab officielle était sensiblement entre la France et la Chine, en réalité, l’empreinte carbone réelle des Français se révèle 80% supérieure à celle des Chinois ! si on inclus dans le calcul le bilan des importations et des exportations de CO2.
 
La coopération financière mondiale pour le financement de la lutte climatique s’avère très difficile. Pour financer les transformations industrielles, les dirigeants de la COP 21 cherchaient entre 140 à 300 milliards $. On nous annonçait en 2015 que 100 Mds $ ont déjà été trouvé. Cependant, en septembre 2017, les engagements concrets ne s’élevaient pourtant qu’à 10,3 milliards dans le cadre du « fond vert » contre le réchauffement climatique. Or, il s’agit d’un mélange de dons, mais aussi de prêt privés et publics. Cependant, les prêts sont généralement un moyen détourné d’orienter l’économie des pays les plus pauvres, afin de libéraliser leur économie, pour l’ouvrir à la prédation des pays les plus riches, tels ceux du G8, dont la France et les USA.
De la COP 21 à la COP 23, seul 10,3 milliards $ ont été lever afin d’aider les pays les plus pauvres à faire les travaux nécessaires pour limiter leur émission de CO2. Mais, si ces fonds sont utilisés comme ceux de l’aide publique au développement (l’APD), les résultats se révéleront bien maigres. Ainsi, depuis des années, le gouvernement français s’est engagé à verser 0,35% de son PIB pour l’aide publique au développement (APD) du Sud, mais elle en verse seulement la moitié environ. Le 2 novembre 2015, le Président Hollande promettait d’accroître l’effort de la France vis-à-vis du Sud dans le cadre de la Cop 21, mais une semaine après Michel Sapin, son ministre du budget à annoncé, qu’au contraire, il diminuerait encore ce montant. De plus, l’APD favorise généralement les pays industrialisés qui la versent, plutôt que les PED qui la reçoivent. Verschave (1994) évalue, entre 1 à 5%, l'aide publique bilatérale, qui parvient réellement à la population, le reste partant en direction de construction d'infrastructures destinées à servir les intérêts des prêteurs.

Les dirigeants de la Cop 23 persistent à financiariser la régulation du climat en instaurant un marché des droits à polluer. Mais ce dernier est une opportunité de spéculation. Le protocole de Kyoto, dont l’application a débuté en 2005, est censé créer des accords entre les nations afin de diminuer les émissions de CO2 au plan mondial. Cependant, en 2018, il n’a toujours pas permis de réduire ces émissions qui continuent de croître sans cesse. Par contre, il permet en réalité aux pays les plus industrialisés, d’éviter de réduire leurs émissions de CO2, en rachetant les droits à polluer des plus pays les plus pauvres. Ainsi, les plus riches continuent à polluer, tandis que les nations les plus pauvres, une fois qu’elles ont vendu leur quota d’émission de CO2, sont potentiellement limitées dans leur développement économique. Or, il s’agit de pays, pour lesquels la satisfaction des besoins essentiels n’est pas suffisante et supposerait un accroissement de certains secteurs de production.
Une « entreprise polluante en Europe pourra choisir de ne pas réduire ses émissions et compenser, en achetant des crédits-carbone à une entreprise, en Indonésie par exemple, qui possède une forêt. Ils vendent ensuite les crédits carbones sur des marchés volontaires et font double profit en commercialisant le bois (...). Toutes les réductions d’émissions auxquelles se sont engagés les pays riches depuis 1997 peuvent se monnayer, en échange de la construction d’une centrale hydraulique ici, d’une plantation de palmiers à huile là-bas ». « La réalisation de projets économes en GES (implantation d’éoliennes, captage de méthane issu de décharges, substitutions de combustibles, développement de la filière bois, etc.) peut ainsi permettre un transfert de quotas entre signataires du protocole » explique ODY Morgan d’Europe Solidaire. Le marché des droits à polluer et des procédés économes en CO2 devient même une opportunité de profit spéculatif en les vendant au plus offrant sur ce marché.

Le marché des droits à polluer favorise l’implantation des transnationales du Nord dans les PED (Pays en développement). « Compte tenu des niveaux d’équipement et des différences de coût de main-d’œuvre, économiser une tonne de CO2 en Europe demande un investissement de 80 euros. En Chine, la même tonne évitée coûte en moyenne... 3 euros (...). Dès lors, personne ne trouvera étonnant que les entreprises des pays développés préfèrent investir en Chine, pour créer des activités économes en gisement de gaz à effet de serre (GES) ou moderniser des installations existantes, plutôt que de réduire leurs propres émissions. De plus, en abondant des fonds carbones avec de l’argent public, les Etats ont la possibilité d’accorder des aides déguisées, aux entreprises, puisque ce sont elles qui bénéficieront, au final, des quotas nouvellement créés » (Bernier, 2007). Ce marché des droits à polluer permet ainsi, aux pays riches, d’accroître l’implantation de leurs industries dans les pays en développement, afin d’augmenter leur profit, au détriment des entreprises locales les plus fragiles. De plus, les entreprises du Nord peuvent ainsi continuer à polluer. On constate donc, comment, à partir d’une bonne idée, on peut parvenir à l’utiliser dans un sens différent à son propre profit, grâce à la stratégie du détournement. Il est donc presque impossible d’aboutir à un accord satisfaisant pour sauver la planète, dans un monde où les rapports de force dominent les relations de coopération.

Notes :

1) Sociologue, auteur de : "Le pouvoir illégal des élites", Max Milo, 2014
et de l'ouvrage collectif  "6 chemins pour la décroissance" (dir.), Le Croquant, 2018.