J’imagine qu’à la suite de cet article paru dans le Journal de la décroissance n°157 de mars 2019, celui-ci a du recevoir de nombreuses lettres de lecteurs. Le thème est propre à exciter les passions et la passion est aussi ce qui peut motiver le recours à la violence. Cependant, peut-on imaginer une société sans passions ? C’est aussi cela qui est en jeu dans la question sur la violence.
Disons le d’emblée, fondamentalement le Journal a raison, la « décroissance est non-violente » et fondamentalement, malgré nos passions nous devons être non-violents. Cependant, le contexte et l’urgence peuvent expliquer des débordements de notre passion pour la vie.
Nous nous trouvons dans un monde de plus en plus totalitaire, résultat du déploiement d’une technique qui se résume à de plus en plus à de la surveillance et à de la domestication.
Tout cela dans un monde où la biosphère est attaquée de partout par le déferlement technique : disparition de la biodiversité, risque d’une déflagration nucléaire, contaminations radioactives, océans de plastique, destruction du climat, etc. D’ailleurs, on peut certainement y voir un lien entre cette domestication et cette destruction.
Nous sommes donc victimes d’une violence inouïe, atteignant des niveaux jamais égalés dans l’histoire de l’humanité, puisque pour la première fois il ne s’agit plus seulement de l’extermination d’un groupe d’hommes mais de celle de toute l’humanité, voire de toute vie sur terre qui est en jeu.
L’homme est devenu un obstacle au déploiement de la technique et de la civilisation industrielle, il a tendance à devenir superflu.

L’attitude non-violente est difficile à défendre dans un contexte où même si le sytème n’est pas encore comme le régime nazi en son temps, prêt à éliminer tous les opposants et les êtres considérés comme superflus (juifs, témoins de jéhova non-violents…), il est dans le déni de la situation catastrophique générée par le productivisme et par conséquent refuse d’imaginer des alternatives à la société industrielle présente.
Dire cela revient à souligner l’importance du sens que l’on donnerait à une violence légitime, une violence de résistance, une violence de légitime défense.
Il existe en effet divers types de violences : le viol que nous condamnons, n’est pas identique à la légime défense pour l’éviter.
De plus, ne serait-il pas pertinent de distinguer la violence (contre les personnes), du luddisme (destruction de machines) ? Le mouvement luddite est né en 1811 en Angleterre en réaction à la révolution industrielle naissante. Des tisserands se sont opposés à la domestication qu’elle contenait en détruisant des machines à tisser. Ils défendaient plus que l’artisanat : leur culture.
La Révolution industrielle ce n’est pas que des machines, mais d’abord un régime de domestication rendu possible par la place accordée aux machines, et une obligation de se plier à une discipline pour être mobilisé en permanence et de plus en plus pour la production (et la consommation) de marchandises. Fini le « Saint Lundi » et la possiblité de ne travailler que pour gagner juste ce qui est nécessaire pour vivre, bonjour le monde de M. Hulot et l’obligation de travailler intensivement pour y survivre.
Transposé à notre époque, cela renvoie à la destruction des vitrines des entreprises collaborant avec le lobby nucléaire, et en particulier pour construire le centre de stockage de déchets de Bure comme nous avons pu le vivre lors de la manifestation du 16 juin 2018 à Bar le Duc.
Est-ce que le Journal si justement antinucléaire peut condamner les opposants à Bure si violemment réprimés par ailleurs ?
En résumé, nous critiquons l’idée d’une violence abstraite hors de l’histoire et de tous les contextes, même si nous devons nous efforcer d’être non-violents, et nous revendiquons cette contradiction.
JLP
décroissance idf