Notre évènement : "l'avenir avec la décroissance" avec Serge Latouche, Fabrice Flipo, Vincent Mignerot, Bernard Legros, Christine Poilly, Alain Véronèse fut un succès.

Cette réunion fut un succès autant par l'affluence (plus de 100 personnes un we de pentecote très ensoleillé) que par les thèmes abordés. Un constat, le mot de décroissance n'a pas fait débat dans l'assistance, ni la réalité que l'effondrement avait commencé.

Il a été question de la société post-décroissance qui ne se définira qu'en marchant à l'occasion d'un grand basculement (S Latouche), même si on peut quand même définir quelques indices et quelques éléments déjà présents dans la société : AMAP, coopératives solidaires, gratuité, relocalisation, etc...

Il faut aussi question du lien entre capitalisme et salaire, voire salariat, cadre concurrentiel, rivalité et coopération (V Mignerot) et aussi sur la façon de toucher les indécis (F Flipo), la réduction du temps de travail (A Véronèse), l'importance des luttes contre les GPII et de l'esthétisme (C Poilly), de la lutte dans la culture (B. Legros).

Décroissance idf a pensé pertinent d’organiser ce débat devant l’évolution du contexte politique et écologique.

1) Le contexte politique est caractérisé par une nette dégradation, une crise de l’écologie institutionelle et par la victoire des « pro-business » à l’instar de Trump, et pour lesquels il n’est même plus question d’un « capitalisme vert » de ce que l’on appelle ordinairement le « développement durable »;  seules les affaires comptent et toutes autres considérations sont des obstacles sans fondement à balayer, et tous les moyens sont bons, y compris la fabrique du doute et du mensonge.

On peut noter chez eux un changement par rapport à l’écologie, au départ ils s’y opposaient  au nom de la lutte contre le communisme, aujourd’hui ils s’y opposent parce que c’est devenu un obstacle aux affaires, à la croissance. Cela étant, c’est une façon de reconnaitre que l’écologie est devenue centrale, même en négatif.

L’écologie est devenue centrale, parce que tout le monde prend conscience de la dégradation accélérée de l’état de la Terre, notre île, et par conséquent tous les problèmes sociaux, politiques, culturels etc. devraient être repensés à partir de l’écologie. Elle ne peut plus être un thème de plus se rajoutant au social, à la politique etc, surtout lorsqu’on a pris conscience qu’une croissance illimitée dans une Terre limitée n’était pas possible.

2) Une autre raison à l’origine de l’organisation de ce débat, c’est paradoxalement l’enrichissement de cette critique écologique ou « radicale », dans le sens où elle part de la racine qui nous amène à faire le point sur la décroissance en 2018 et sur l’avenir avec la décroissance, en se demandant vers où cette explosion théorique peut nous mener, mais en même temps de quoi est-elle le reflet ?

Les "collapsologues" nous disent que « tout est plié », que c’est trop tard pour inverser le cours des choses car rien n’a été fait quand c’était encore possible dans les années 1970, quand le désastre des Trente glorieuses devenait évident, il faut juste se préparer à « rebondir », ce qui peut sembler contradictoire, car après la catastrophe il sera trop tard.

La "critique de la valeur" nous dit que le travail n’est qu’un élément du capital et qu’il ne s’y oppose pas. Exit la lutte des classes, la centralité accordée au travail est la cause de tous nos maux à commencer par la pollution, car le travail détruit la société et la biosphère. Il faut arrêter de travailler et recommencer à produire pour satisfaire des besoins, produire des tables, des chaises comme le faisaient nos ancètres, mais ils nous disent peu sur le type de société qui se serait débarrasée de la valeur, on a même l’impression qu’elle devrait sortir de leur tête, alors que nous pensons plutôt comme les socialistes utopiques que la société de demain doit être déjà présente dans la société d’aujourd’hui.

3) Le 12 Mai, se tenait une AG constitutive du nouveau mouvement "écologique" REV à Paris. Il aurait réuni 450 personnes. Ce mouvement réduit l'écologie à la défense des animaux et de la biodiversité. Il prétend se revendiquer de la décroissance, mais il n'utilise pas le mot et surtout il ne met pas en avant la lutte contre la toute puissance destructrice de l'homme à commencer par la lutte antinucléaire et l'économisme. Espérons qu'il va s'opposer à la domestication de l'homme, à la défense du "sauvage" à travers la lutte contre la biodiversité.

L'écologie institutionnelle est en crise, va t'elle être remplacée par la décroissance et par la défense des animaux, comment ces deux nouveaux mouvements écologiques vont-ils évoluer ?

Et justement la décroissance dans tout cela ? La décroissance au départ ce n’était qu’un « mot-obus », fait pour interpeller sur ce mythe de notre époque qu’est la croissance. Elle a ceci de particulier qu’elle se nourrit de toutes les critiques de la société industrielle, elle intègre tout ce qui vise à remettre en cause cette religion productiviste, elle s’enrichit de tous ces apports théoriques, comme on peut le découvrir par exemple dans les livres de la collection des « précurseurs de la décroissance », ce qui explique les difficultés pour la cerner.

Par conséquent, si le mot est maintenant connu, le sens est plus difficile à cerner. Néanmoins force est de constater que si des alternatives écologiques se sont multipliées ces dernières années : les AMAP, les fermes écologiques, les recycleries, etc, par contre du côté de la sensibilité politique de la décroissance, c’est plutôt un échec, nous n’avons pas réussi à créer un mouvement politique important autour de la décroissance.


JLP