Eaux contaminées, facture des travaux astronomique, fuites… Malgré les
progrès accomplis depuis la catastrophe il y a six ans et demi sur le
site japonais, l’urgence demeure.
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Les progrès, visibles, ne doivent cependant pas masquer les points
noirs. A commencer par un calendrier hautement théorique et une facture
exponentielle. Tepco prévoit aujourd’hui de démanteler la centrale d’ici
à 2041 ou 2051. Mais personne n’a encore la moindre idée des opérations
qui devront être menées, tant la situation est inédite. En avril, un
think tank japonais a évalué le coût du chantier et des indemnisations
entre 50 000 et 70 000 milliards de yens - de 375 et 520 milliards
d’euros environ. La dernière estimation du gouvernement s’élevait à 22
000 milliards de yens fin 2016, le double des sommes annoncées initialement.
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Les pêcheurs opposés au rejet en mer

Chaussée de bottes trop grandes car les petites pointures n’existent
pas, on emprunte une allée bordée de sakura, ces cerisiers japonais. «Il
y avait un millier d’arbres autrefois, plus de 600 ont été coupés pour
laisser la place aux réservoirs», précise le guide. Du hublot, c’était
le premier étonnement. Les réacteurs ne sont presque plus visibles
derrière la forêt de citernes géantes qui a surgi au premier plan. Près
de 900 cylindres, remplis d’un million de tonnes d’eau contaminée dont
Tepco ne sait que faire. Le liquide a été en grande partie épuré de 62
radionucléides mais reste chargé en tritium, une substance radioactive
qu’il est impossible de filtrer avec les techniques actuelles.
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Pour refroidir le cœur des trois réacteurs qui ont subi une fusion
partielle, 210 tonnes d’eau douce sont quotidiennement déversées. L’eau
s’échappe des cuves et des enceintes de confinement qui ne sont plus
étanches, emportant au passage des matériaux radioactifs. Elle est
pompée dans les sous-sols des bâtiments, traitée puis réinjectée dans
les réacteurs. Le cycle serait vertueux si de l’eau souterraine ne
ruisselait pas des montagnes environnantes pour s’infiltrer sous la
centrale et se contaminer à son tour.
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Des tonnes de magma radioactif à extraire

Pour tenter d’éviter toute pollution de l’environnement, Tepco pompe en
permanence en divers points, en amont comme en aval. Dans le port de
Fukushima Daichi, un mur bloque les écoulements de la nappe phréatique
vers la mer depuis octobre 2015. Il est doublé d’un mur de glace
souterrain depuis octobre 2016. Les trois autres pans de ce projet
pharaonique, qui fait circuler un réfrigérant sur 1 500 mètres de long
et 30 mètres de profondeur, sont en cours. Les quantités d’eau souillée
ont ainsi été fortement réduites. Cependant, 150 tonnes de liquide
radioactif au moins doivent encore, chaque jour, être stockées.
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Une armada de grues enserre les tours. La piscine du réacteur 4,
fragilisée par le séisme, a été vidée de ses 1 535 assemblages de
combustible. Restent les trois autres piscines avec, dans l’ordre, 392,
615 et 566 assemblages. Des travaux encore plus difficiles, car il faut
au préalable déblayer puis reconstruire un toit pour supporter
l’équipement téléguidé qui ira chercher le combustible usé. «Les
opérations devraient débuter l’année prochaine sur le réacteur 3, celles
sur les réacteurs 1 et 2 ont été repoussées de trois ans», résume Tepco.
«La piscine du réacteur 3 est la plus urgente, car c’est la plus
dégradée, le bâtiment a subi l’explosion la plus violente», ajoute
Thierry Charles. Viendra ensuite l’étape cruciale de l’extraction des
combustibles fondus. Des dizaines ou centaines de tonnes de magma
hautement radioactif, appelé corium.
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Après plus de six ans de calculs et de tentatives d’approche plus ou
moins fructueuses - notamment avec de nombreux robots - l’emplacement et
la quantité de corium demeurent encore largement mystérieux. Seule
certitude, le magma a percé les cuves pour tomber au fond des enceintes
de confinement. Extérieurement, dans cet univers édulcoré, aucune
gravité n’est perceptible....


http://www.liberation.fr/planete/2017/12/14/la-centrale-de-fukushima-a-coeur-ouvert_1616757