cultivons nptre potager

 

« A la vue des chemins de fer qui s’établissent de toute part, à la vue des efforts de l’industrie pour obtenir de la chaleur au meilleur marché possible, il est facile de prévoir que la culture maraichère de Paris est à la veille de recevoir des modifications … ».

En 1845 dans une capitale transformée par l’industrie depuis quelques décennies et par l’avènement de l’ère ferroviaire, les auteurs (Daverne et Moreau) du Manuel pratique de la culture maraichère de Paris veulent témoigner de « la culture telle qu’elle se pratique à Paris en 1844 ».

 

manuel jardins paris 1845

 

On apprendra durant la lecture que depuis la révolution française les jardins changent de noms : ceux-ci ne portent plus le nom de « marais » dans lesquels les premiers "maraichers" s’étaient établis, mais de « jardins ». En 1844 ce sont 1400 hectares qui sont cultivés au sein de la nouvelle enceinte de Paris, celle de Thiers, c’est-à-dire sur un espace équivalent à celui des limites parisiennes actuelles. La plupart des parcelles (1800 au total) couvrent trois quart d’hectares. Chaque jardin emploie 5 ou 6 personnes membres de la famille, jeunes à gages ou hommes employés à la journée. Les auteurs du manuel évaluent à près de 10 000 personnes le nombre d’employés à la culture maraichère dans Paris en 1844. On compte également autant de chevaux que d’exploitation qui servent au transport des légumes, à celui du fumier et au tirage de l’eau du puits.

 

rue maraichers ménilmontant

 

La rue des maraichers à Ménilmontant

 

La culture parisienne est aisée comme l’expliquent les auteurs du manuel  : « On croit assez généralement que, si nous obtenons d’aussi beaux légumes c’est que nous employons beaucoup d’engrais , c’est une erreur. Quand notre terrain est devenu en état d’être cultivé en culture maraichère nous m’y mettons plus d’engrais promptement dit. La fertilité du terrain s’entretient d’abord par les paillis et les terreautages que nous renouvelons et enterrons au moins trois fois dans l’année, ensuite parce que nous changeons autant que nous pouvons nos carrés de melons de place chaque année et que l’eau avec laquelle nous arrosons nos couches traverse le fumier et en entraine les parties fertilisantes dans la terre… »

Malgré cette culture riche et facile, l'avenir des maraichers parisiens est sombre seon ces deux auteurs du Manuel de 1845 : à chaque recul de l’enceinte parisienne les jardiniers doivent reculer aussi et abandonner des terres améliorées de longue date. D’après les chiffres donnés par Jean Michel Roy, en 1859, il n’y a plus aucun maraicher dans les 12 arrondissements centraux de la ville, la moitié étant déjà partis en banlieue (voir les deux précédents articles sur la plaine des vertus et sur l'agriculture de banlieue). Cette proportion des maraichers banlieusards est portée à 2/3 en 1873 puis 90% en 1912. Dans les années 1950 seuls deux maraîchers subsistent dans Paris.

 

charrette coux paris

 

Le lien vers le Manuel de 1845.