culture pétuias

La fécondation artificielle des pétunias dans les établissements Vilmorin

 

L’origine de l'agriculture de la région est médiévale. Les zones marécageuses qui jouxtent la Seine sont alors propriétés de l’Eglise. Elles sont mises en culture maraichère afin de contribuer à l’alimentation de la ville qui n’est pas encore la capitale assurée du Royaume. Les grands jardins bourgeois et aristocratiques prolongent cette première forme de culture commerciale parisienne. A partir du XVIe siècle, les capitaux urbains investissent quant à eux les plateaux pour contribuer à faire naître la région céréalière que l’on connaît encore aujourd’hui. Les petites vallées voient se développer la polyculture (vigne, fleurs, légumes, fruits) portée par de petits paysans. Au début du XIXe siècle, l’agriculture de la région est donc variée alliant cultures commerciales et vivrières, culture spécialisée et polyculture, grandes et petites exploitations.

 

chambourcy vergers

 

Les vergers de Chambourcy

 

Le chemin de fer qui se déploie en France dans les années 1830-1870 favorise la spécialisation des cultures dans les différentes régions de France. Dès cette époque les essences de fleurs du Midi font décliner la culture du rosier à Fontenay, les Halles recevant
les premiers colis de fleurs de la Côte d’Azur en novembre 1871. Les producteurs de la banlieue parisienne affrontent une première mondialisation puisque les chemins de fer charrient de l’Europe du sud et du Maghreb autant que de la Provence : des fruits, des fleurs et des légumes dont la précocité vient réduire le marché des producteurs parisiens. Dès la fin du XIXe siècle les maraichers parisiens doivent adapter leur production et abandonner certaines essences de fleur et de légumes. L’exode rural est alors en plein essor. La croissance urbaine commence à repousser les maraichages vers la périphérie.

 

culture rose vilmorin

 

Culture des roses trémières

 

Cela ne signe pas la mort de la culture parisienne (à part pour la vigne qui est victime de la concurrence autant que de l’urbanisation) mais favorise au contraire la spécialisation (cresson, champignons, pépinières). La croissance de la capitale génère de fait une demande massive en fruits et légumes, ce qui soutient le développement continu de cette agriculture paysanne parisienne dans les premières décennies du siècle. Au milieu du XXe siècle le système de vente directe (aux Halles, sur les marchés de détail) permet à la culture maraichère de faire des bénéfices records (alors que le producteur de province récupère un tiers du prix de vente, l’agriculteur parisien peut en récupérer jusqu’à 85%) et d’employer une main d’œuvre nombreuse : ce type d’agriculture périurbaine maraichère emploie dix fois plus de salariés que l’agriculture céréalière des grands plateaux. C’est aussi une agriculture familiale.

champignonnière carrières sous bois

Culture des champignons à Carrières sous bois

 

L’exploitation maraichère traditionnelle souffre cependant déjà de plusieurs problèmes : concurrence du sud comme on l’a vu mais aussi raréfaction du fumier de cheval, conséquence du déclin relativement récent de la présence de l’animal dans les villes. Les productions florales se portent au contraire très bien (œillets, roses, orchidées, bulbes, jacinthes..) et les pépinières du sud de Paris (Sceaux, Villejuif) sont désormais portées par de grandes entreprises (Truffault, Vilmorin). Des cultures irriguées prennent place sur les champs d’épandage à l’ouest de la capitale tandis que les cultures fruitières prennent le tournant de l’intensification (Chambourcy).

 

carrières sous poissy

 

Dans les années 1950 le bilan de cette agriculture est positif. Portée par des initiatives individuelles, elle génère une production variée liée à un marché en expansion et elle fait vivre une population importante. Elle reste largement traditionnelle dans son mode de production et réticente à adopter les méthodes modernes développées en Hollande notamment.

 

Source : Michel Philipponneau, La vie rurale de la banlieue parisienne. Etude de géographie humaine, Paris, Armand Colin, 1959.

 

Une galerie de photos de Carrières sous Poissy dans les années 1950.